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Perspectives
Des matières premières en surchauffe
Les prix des matières premières sont-ils engagés dans une spirale inflationniste sans fin ? Les avis sont partagés quant à la réponse à donner à cette angoissante question.
traduire par des besoins additionnels en minerai de fer, manganèse, nickel, chrome, zinc, des métaux qui entrent dans la production d’acier et d’inox ». Et tout est lié. La recherche pétrolière actuelle nécessite des puits plus profonds, des pipelines plus longs, des tankers plus gros… qui sont tous fabriqués en acier. Pour réduire les coûts, les géants de l’acier misent sur l’intégration verticale. En 2012, ArcelorMittal devrait produire lui-même 60 % du minerai de fer qu’il utilise.

C

es derniers mois, le mouvement déjà bien engagé s’est accéléré. Le prix du baril de pétrole bat tous les jours ses records, ceux des métaux s’échauffent, quand ceux des céréales explosent. Peuvent-ils continuer cette course folle ? Une hypothèse que certains n’excluent pas, au regard de la demande internationale elle aussi en surchauffe.

La thèse de la bulle inflationniste
A rebours de cette vision pessimiste, Gene Epstein, dans un article paru dans Barron’s, revue économique américaine, annonce une chute des prix des matières premières de 30 à 50 %. L’explication se trouve dans le rôle inflationniste des fonds indiciels qui représentent 40 % des paris haussiers sur les matières premières et représentent près de 200 milliards de dollars. Gene Epstein affirme que la hausse actuelle est due à la spéculation plus qu’à l’augmentation de la demande chinoise, au moins depuis septembre dernier, comme le confirme selon lui l’analyse de l’indice Goldman Sachs Commodity qui s’intéresse à 24 de ces matières premières. D’autres facteurs pourraient faire chuter les prix : un redressement du dollar annoncé par plusieurs analystes, une non récession de l’économie américaine et une redistribution de l’argent institutionnel. A suivre…

Une tendance de fond
Dans une étude, ArcelorMittal estime qu’au cours des dix prochaines années, le monde aura besoin de 500 millions de tonnes d’acier supplémentaires (pour une production actuelle de 1,3 milliard). « Deux milliards de personnes entrent dans l’âge de la consommation », souligne Malay Mukherjee, de la direction du groupe indien ; « leur appétit va se

La situation explosive des prix agricoles TÉMOIGNAGES
L’augmentation des matières premières, Jean-Marie Faugier qui dirige l’Atelier de Cazes, la subit de plein fouet. Sa petite entreprise implantée à Sainte-Affrique dans l’Aveyron, produit un gâteau à la broche pur beurre, très apprécié par les consommateurs. « Au second semestre 2007, le prix du beurre est passé de 3,20 € à 4,90 € le kg, soit plus de 60 % d’augmentation ». Quand on sait que le beurre entre pour 25 % dans la composition de la recette et que les autres ingrédients (farine, sucre) ont suivi le même mouvement, difficile de maintenir le prix de vente. « Fin 2007, Il aurait fallu augmenter de 12 % le prix du gâteau pour compenser ces hausses, précise Jean-Marie Faugier. Impossible, si l’on veut rester compétitifs vis-à-vis de notre clientèle industrielle ». Résultat un manque à gagner de 6 % pour l’entreprise. Si depuis, le prix du beurre est revenu dans des fourchettes plus raisonnables, la hausse s’est poursuivi sur les autres postes et notamment le prix du transport. Une situation qui conduit l’entreprise à rechercher une diversification de sa production et une évolution de la recette du gâteau à la broche avec l’utilisation de produits de substitution moins chers comme l’huile. C’est le sort de 16 salariés dont 13 travailleurs handicapés qui est ici en jeu. Selon la FAO (organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) les prix des denrées agricoles ont augmenté de près de 40 % en 2007. Le blé, le maïs, le riz, le soja, ou le colza ont vu doubler, voire tripler leurs cours en deux ans. Début avril, par la voix de son président, Robert Zoellick, la Banque Mondiale a décrété qu’il fallait de toute urgence lancer un « new deal » alimentaire pour éviter que 33 pays parmi les plus pauvres, ne connaissent de graves troubles politiques et sociaux. Ces hausses ont des causes multiples : la demande accrue des pays émergents, la raréfaction des terres agricoles en raison de l’urbanisation accélérée en Chine comme en Inde, le réchauffement climatique qui aggrave les phénomènes de sécheresse ou d’inondation, la hausse des prix de l’énergie qui provoque celle des semences, pesticides, ou engrais, sans parler des agrocarburants. La BERD et la FAO ont appelé les pays de l’Est de l’Europe et la communauté des Etats indépendants (Russie, Ukraine, Kazakhstan…) à doper leur production. Leur potentiel est estimé à 23 millions d’hectares de terres arables non utilisées. L’Amérique du Sud est l’autre réservoir foncier avec quelques 20 millions d’hectares pour le seul Mato Grosso brésilien. Mais cette extension ne pourrait se faire qu’au détriment de la forêt amazonienne et devrait donner lieu à des débats sur les équilibres écologiques. 8